Un brin de bolivie
18 avril 2008
Bonjour à tous,
Je vous écris de Potosi, l’une des plus grande ville de Bolivie, mais aussi l une des plus haute du monde, où je viens sans doute de vivre l’un des moments les plus dur de notre périple. C’était il y a juste quelques heures mais je ressens le besoin urgent de témoigner de ce que nous venons de vivre.
Depuis le temps de la colonisation la ville est connue pour ses mines d’argent, une ressource incroyable, mais qui commence à s’épuiser. Des agences permettent aux touristes de visiter la mine. Nous avions donc pris rendez vous pour ce matin. A vrai dire je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre, dans ma tête flottait quelques lignes et quelques images de Germinal, mais bon ce n était plus vraiment d actualité…
La matinée a commencé dans une bonne humeur générale. Les guides étaient supers marrants et on trouvait presque amusant de se retrouver habillé de haut en bas comme des mineurs (casques à loupiotte, vestes, pantalons, et grandes bottes).
Puis nous nous sommes rendus au marché des mineurs. Un lieu où chaque matin ils viennent acheter ce dont ils ont besoin pour la journée. Il y a de l eau des sodas, de la dynamite, mais aussi des feuilles de coca. La coca est la seule chose qu ils pourront manger ou plutôt mastiquer durant toute leur journée de travail, car la poussière trop importante dans la mine
leur interdit d ingurgiter des aliments solides. Ils travaillent de 8 a 12heures par jour.
Nous avons acheté des boissons et des feuilles de coca à leur donner, puis nous nous sommes rendus à la raffinerie où Raymundo notre guide nous a expliqué le processus de traitement des minéraux.. Raymundo a été mineur pendant deux ans avant de devenir guide.
Nous sommes entrés dans la mine. Au début il fait plutôt froid, on sent directement que l’air est saturé, on respire difficilement, on est guidé par le petit scintillement de nos lampes,mais on est encore debout. Après quelques minutes de marche on descend de plusieurs mètres, les passages deviennent très étroits, la chaleur s intensifie. Un sentiment de claustrophobie s’installe doucement mais je ne veux pas ressortir.
On parvient au premier lieu de travail. A l’aide de pelles deux mineurs chargent des kg de roches dans des sacs de cuirs qu ils envoient ensuite par un système de poulies au niveau supérieur. Ils doivent avoir pas loin de 40ans mais ils en font déjà cinquante (l’espérance de vie de ces travailleurs est d’à peine 45ans). Ils travaillent sans aucune protection, alors que nous avons tous les visages recouverts de bandanas tant l’air est irrespirable. Ils ne s’arrêtent pas une seconde même quand Raymundo leur propose de boire ce qu on a apporté. Il faut préciser que ce qu’ils gagnent est proportionnel à leur rendement. Martin et d’autres garçons du groupe tentent de les aider. Au bout de cinq minutes ils doivent s’arrêter, ils n ont plus de souffle. Je me suis mise sur le coté pour pouvoir filmer. C’était un peu une folie d’emporter la camera, mais la vrai folie était pour sûr celle que j’étais en train de filmer.
Un wagon arrive à l endroit où l’on se trouve, ceux sont deux jeunes garçons qui le tirent. La charge est énorme, ils peinent à la renverser. Je zoome sur l un des deux garçons. Son visage est très jeune, il doit avoir 14 ans. Mes mains se crispent un peu plus sur la camera…
On repart toujours en se faufilant dans des galeries étroites et profondes. A un moment il y a si peu d espace que l’on doit ramper a plat ventre contre le sol de pierre. En fait on ne se relève pas. C’est là que travaille trois garçons complètement couchés contre la roche qu ils martèlent à intervalle régulier. C’est si étroit que l’on doit se faufiler un par un pour apercevoir leur travail, on peu a peine lever la tête. L’un deux s’appelle Felix il a 18ans, il travaille depuis 4ans dans la mine. Avec l’aide de Raymundo je parviens a sortir la camera de mon sac et à plat ventre, la camera a bout de bras j essai de les filmer. Seules leurs bottes dépassent du trou, me parvient toujours le bruit incessant de leur piolet. On leur fait passer des feuilles de coca et de la dynamite. Je ne vois que leurs mains. Et puis quand je décide de repartir je vois un visage apparaître. J’ai juste le temps de lui dire « adios ». Déjà je sens les larmes qui me monter aux yeux. Raymundo me demande si ça va, puis me dit : « c est dur hein ? ».
J ai envie de lui demander comment il a pu tenir pendant 2ans dans cette mine ? Et ceux qui y passent toute leur vie ?comment font ces gamins pour ne pas devenir fous toute le journée dans cette obscurité coincés entre 2 parois ? Comment c’est possible tt ça ? Mais je ne lui demanderai pas. J’ai la gorge bien trop nouée, et puis je crois qu’on se pose ces questions quand on est né du bon côte de la barrière, par ce qu’on a la possibilité de se les poser. Par ce qu’on a le choix.
Au fond il n y a pas vraiment de réponse a tt ça. Ou si il y en a une elle serait celle ci:
Ici plus que vivre il faut pouvoir survivre.
Le rêve de Raymundo est que ses deux enfants aient une plus belle vie que la sienne…




dur tres dur merci pour tout ca bise de la famille
Comment par bastos — 20 avril 2008 @ 16:18
Tres beau temoignage Karine… Merci. C’est vrai qu’on a de la chance… car la liberte de vivre nos reves.
Comment par Caro — 22 avril 2008 @ 8:26
Très émouvant. Même si de loin, je crois qu’on ne peut pas réaliser l’ampleur du dégât… Merci de nous faire tout partager : les bonnes et les plus mauvaises expériences.
Comment par Une mam... — 1 mai 2008 @ 16:15